Hutte de sudation

 

Depuis 1999, j’ai participé à de nombreuses cérémonies de hutte de sudation (sweat lodge) avec des meneurs (ou porteurs) de différentes traditions amérindiennes du Nord de l’Amérique : Innu, Attikamek, Mic Mac, Mohawk et Huronne. J’ai aussi pris part à la cérémonie de Temasquale de la tradition mexicaine.

Je mène cette cérémonie depuis 2006 et j’ai maintes fois célébré ce rite au Québec, aux États-Unis et en France.

J’offre des cérémonies mixtes, des huttes de femmes, des cérémonies adaptées pour les enfants et d'autres pour les adolescents.

 

Je rêve d'offrir ces cérémonies à d'autres groupes présentant des défis par exemple, des groupes de personnes en désintoxication.

 

Pour connaître les dates des prochaines cérémonies de hutte de sudation, consultez l’onglet intitulé Ateliers et activités à l’item Cérémonies de la hutte de sudation.

 

Pour votre information sur l’essence de la cérémonie, voici un texte que j’ai publié dans la revue Vitalité Québec Mag.

Loumitea

 

LA LOGE DE SUDATION

Par Louise Gauthier (texte tel que paru dans le magazine Vitalité Québec Mag 2007)

 

La loge de sudation, cette cérémonie à valeur spirituelle qui nous vient des premières nations est un outil de guérison très puissant lorsqu’il est employé à bon escient et bien dirigé. La loge peut avoir un effet sur les problèmes tant physiques qu’émotionnels et spirituels. Elle s’insère bien dans un processus de guérison. Selon la tradition Atikamek, elle sert essentiellement au nettoyage, « à se laver » pour retrouver la pureté de son essence. On ne va pas dans une loge en touriste. Chacun doit prendre la responsabilité d’entrer dans une loge avec son intention et de se concentrer sur ce qui se passe à l’intérieur de soi.

 

AU FIL DU TEMPS

Selon Robert Seven Crows, porteur de pipe (porteur de la tradition) Mic-Mac, les anciens utilisaient les loges sans doute au besoin, probablement au rythme d’une par année et ce devait alors être une cérémonie pratiquée en famille. Les familles se déplaçaient continuellement à cause de leur mode de vie nomade. C’était une pratique simple : on montait la hutte, on procédait à la cérémonie puis, on défaisait le tout et on brûlait la hutte. On prenait ensuite des mois pour intégrer ce qui s’était passé dans la loge.

 

À cette époque, les femmes n’entraient pas dans la loge. Elles avaient leur loge de lune et à cause de leur menstruations elles avaient la possibilité à chaque mois de se renouveler, de se nettoyer. Elles demeuraient plus en contact avec la Terre-mère à cause de leur corps qui leur rappelait à chaque cycle de lune leur parenté avec la Terre-mère.

 

Avec la venue des missionnaires, l’évangélisation et les lois sur les Indiens, la loge s’est perdue pour plusieurs peuples autochtones. L’Église l’avait bannie. Seuls quelques rebelles ont continué à en faire en cachette au fond des bois.

 

Dans les années ’70, avec le mouvement « peace and love », les pratiques amérindiennes, porteuses de sens, ont repris du terrain. Robert Seven Crows suppose que cet essor est dû aux Lakotas qui, ayant « rencontré les Blancs 250 ans après les peuples de l’Est » avaient conservé leurs rituels traditionnels comme le Sundance. Les jeunes en quête de sens des années ’70 ont puisé dans ces rites de passages et rituels spirituels pour alimenter leur soif de comprendre. C’est à ce moment, toujours selon Robert Seven Crows, que les loges auraient commencé à accueillir les femmes.

 

« La loge a bien changé, ajoute Robert Seven Crows. Il faut retrouver le mysticisme qui l’éclairait lorsque les Anciens la pratiquaient.  Faire une loge en famille, c’est très différent de celle que l’on fait avec des gens inconnus. » De toute façon chaque loge est unique. La qualité de la loge dépend de l’intention qui la mène.

 

NINMATISEWIN

Selon Roger Echaquan, un porteur de pipe Atikamek qui a beaucoup contribué à faire connaître les traditions autochtones à travers le Québec, la loge est un « voyage dans le ventre de la mère avec l’aide des esprits ». Martine Tremblay, qui a reçu les enseignements de la tradition Atikamek, explique que le terme qui décrit la loge en Atikamek, Ninmatisewin, décrit bien la nature du rite : Nin signifiant moi et matisewin signifiant ma vie, c’est la rencontre entre moi et ma vie pour en trouver le sens. La loge sert essentiellement à se purifier, dans le sens de revenir à la pureté de son essence. La loge sert à se nettoyer, à enlever ce qui encombre notre essence depuis que nous sommes dans le ventre de notre mère, à nous laver de tout (peurs, émotions ou autres) ce qui nous éloigne de notre essence.

 

Tout le rituel contribue à recréer la mémoire du temps où nous étions tout près de notre essence. On demande aux esprits de nous aider à faire ce travail et de venir en nous. C’est une renaissance (re – naît- sens ou re-in-essence). En fin de compte la loge vise à recréer le processus d’incarnation.

 

TERRE MÈRE/PÈRE SOLEIL

La loge comprend deux pôles : la hutte au centre de laquelle une cavité est creusée pour recevoir les pierres rougies et le feu sacré.

 

La hutte représente la Terre-mère et le feu, le soleil, le père, l’esprit. La hutte est comme la cellule dont le noyau est ce centre creusé où sont déposées les pierres rougies au feu, appelées les grands-pères et les grands-mères. Les pierres représentent le souffle de vie ; elles sont la fusion des quatre éléments fondamentaux : la terre, l’eau, le feu et l’air. Les pierres sont la terre, on les chauffe au feu, on les arrose avec de l’eau et cela crée l’air.

 

Le feu est à la loge ce que le soleil est à la Terre. C’est le principe de l’incarnation. Le feu sacré permet d’entrer en contact avec le Créateur ou l’Esprit. C’est par lui que passent les esprits. La lumière descend dans la matière et amène l’esprit à libérer la matière. Lorsqu’on arrose les pierres on fait sortir l’esprit de la matière. Le feu sacré cueille la lumière et la place dans les pierres pour qu’elle soit libérée dans la hutte. Le centre de la hutte qui contient les pierres rougies représente la chaleur du cœur.

 

La hutte peut être constituée de 12 perches ou de 16 perches, selon les traditions ou selon l’occasion. Ces perches sont plantées dans le sol sur une circonférence d’une dimension adaptée au nombre de personnes qui participeront au rituel. Elles sont placées en fonction des quatre directions. Les perches sont recourbées et réunies au milieu du cercle pour former la hutte. C’est une construction basse qu’on recouvre complètement de plusieurs épaisseurs pour assurer la complète noirceur à l’intérieur et permettre à la chaleur de rester en dedans. Quatre perches circulaires sont attachées horizontalement entourant la hutte. Elles ont aussi leur signification. Chez les Atikameks, la première représente l’honnêteté, la deuxième la compassion, la troisième le partage et la plus petite le respect. Dans d’autres traditions, elles peuvent avoir différentes significations mais elles sont en général au nombre de quatre.

 

Le porteur ou meneur (il y a aussi des femmes qui assument ce rôle) de la loge est la personne qui, selon Robert Seven Crows, possède la mécanique pour introduire les gens à un autre état d’esprit. C’est la personne qui sert de canal aux esprits pour amener l’énergie à s’élever pour que les participants puissent se purifier. C’est aussi la personne qui diffuse les enseignements. Chez les traditionnels, le meneur chante et conte. Il peut aussi amener les participants à faire des visualisations ou des transes légères pour comprendre ce qu’ils ont à comprendre.

 

Le gardien de feu est la personne qui reste en contact avec l’Esprit sans arrêt pour que le feu soit le plus puissant possible. Il construit le feu et s’en occupe tout au long de la cérémonie. Il est aussi le gardien de la loge. Il voit à ce que l’extérieur favorise le processus qui a lieu à l’intérieur. C’est une grosse responsabilité.

 

L’INTENTION

Comme dans toute pratique spirituelle, l’intention mène le processus. Participer à une loge, c’est s’engager envers soi à se dégager avec l’aide des esprits de ce qui encombre notre essence. On peut faire une loge pour se libérer d’une peur, d’un traumatisme, d’une habitude, d’un malaise physique ou émotionnel. Notre intention doit être claire. La loge fera le reste. La loge peut se placer au cours d’un processus de guérison plus global pour marquer une étape, pour en entamer une nouvelle, pour contribuer à effectuer un passage ou quoi encore.

 

Il existe aussi plusieurs types de loges. Elles durent plus ou moins longtemps selon le meneur et les participants. Cela peut varier de deux heures à douze ou quatorze heures. Par exemple, les loges de guérison où les participants sont amenés à verbaliser ce qui leur arrive peuvent durer plus de dix heures sans que les personnes ne sortent de la hutte. Ce type de loge n’accueille que les personnes de même sexe alors que d’autres types sont mixtes.

 

En règle générale, la loge se déroule en quatre temps qu’on appelle les quatre portes. Chez les Atikameks, par exemple, la porte de l’est liée à l’eau, la culture, l’honnêteté, l’enfant, la lumière et le physique ; la porte du sud reliée au feu, les traditions, la compassion, la femme, l’amour et le mental ; la porte de l’ouest reliée à la terre, la croyance, le partage, l’homme, la sagesse et les émotions et la porte du nord est reliée à l’air, le respect, soi-même, la force et la spiritualité. Parfois les participants sont invités à sortir entre les portes, parfois non. Cela dépend du processus et le porteur prendra la décision en fonction de ce qu’il sent des participants.

 

EN PRATIQUE

Les participants entrent généralement dans la loge vêtus très légèrement : pour les femmes, une robe ou une jupe avec un haut et pour les hommes, un short, des vêtements dans lesquels on sera à l’aise de transpirer à grande eau. Les femmes sont en général tenues d’être en jupe ou en robe sur le site sacré.

 

On apporte du tabac (le plus pur possible), plante sacrée chez les premières nations, et on en offre au porteur et au gardien de feu. On prépare une donation (un montant d’argent) pour le travail du porteur et du gardien de feu. Le travail spirituel n’a pas de prix mais le temps, les connaissances, la formation et l’expérience des gens qui le font en ont.

 

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Merci à Robert Seven Crows (Bob Bourdon) et à Martine Tremblay pour leur précieuse collaboration à cet article.